L’unique école de plongée « 100% fumeurs » de France menacée de fermeture

TOULON, VAR – L’école de plongée sous-marine « Smoke on the water », unique en son genre en Europe car adaptée aux besoins spécifiques des plongeurs fumeurs, est en passe de perdre le bras de fer juridique qui l’oppose à une association écologiste toulonnaise. Selon cette dernière, la fumée rejetée par les plongeurs constituerait une « menace immédiate » pour les espèces aquatiques les plus fragiles. Reportage.

plongee

« […] deux heures sous l’eau sans fumer, c’est de la torture »

Discrètement campée au creux d’une des coquettes criques de la rade des Vignettes, l’école de plongée « Smoke on the water », fondée par Maurice et Philippe  Rottmano, deux frères toulonnais de 55 et 59 ans, accueillait jusqu’à 5000 fumeurs par an, venus des quatre coins du globe. Un succès de plus de 20 ans qui pourrait bien ne pas passer l’été.

« Passer deux heures sous l’eau sans fumer, c’est de la torture à l’état pur pour un fumeur. Il profite pas du tout et ne pense qu’à remonter pour s’en griller une » explique Maurice Rottmano, créateur de la “cigarette en bouteille”, une invention qui selon lui a démocratisé la plongée sous-marine dans le milieu des gros fumeurs. « Fermer l’école c’est stigmatiser les milliers de fumeurs qui viennent du monde entier pour plonger avec nous. Le monde sous-marin est merveilleux de diversité, tout le monde devrait y avoir accès » s’empresse d’ajouter Philippe Rottmano avant d’emmener un couple de japonais en plongée “Camel light” pour visiter l’épave d’un navire espagnol.

« Nous on fait de mal à personne. On propose juste un concept et on force personne. Pour le prix d’une plongée classique, plus le prix de deux paquets de clopes, on offre aux gens une expérience inoubliable. Plongée “Menthol” avec les tortues, plongée profonde au tabac à rouler ou encore initiation “ultra-light” avec détendeur à filtre, il y en a pour tous les goûts » raconte Maurice Rottmano, inquiet pour l’avenir de son école.

Pour Michel Lombardo, président de l’Association pour la Préservation du Littoral Toulonnais, il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit mais plutôt de protéger des espèces de poissons et de crevettes très sensibles, selon lui, aux effets du tabac.

Les crevettes de la rade dépendante à la nicotine

« Ils utilisent un mélange de Nitrox II et de fumée de tabac qui se dissout dans l’eau et modifie durablement le comportement de la faune de la rade. On voit des bancs de poissons gigantesque qui spiralent autour des lieux où les mecs plongent. Ces poissons attendent leur dose, ils sont accros. Que l’humain ait ses vices, OK, qu’il les inflige aux animaux, nous disons non ».

Depuis 2 ans, l’association de Michel s’emploie à faire fermer l’école et surtout, comme il aime à le répéter, à « rendre les fonds marins non-fumeurs ». Denis Corniaud, l’avocat de la petite association de défense de l’environnement entend bien baser son réquisitoire sur le cas similaire d’une école de pilotage pour alcoolique, dont la fermeture à Lille en 2009 avait créé un précédent jurisprudentiel unique en France.

Le tribunal administratif de Toulon devra trancher, dans les semaines à venir, le délicat dilemme entre la protection d’espèces animales d’un côté et la liberté d’un groupe d’individus à pratiquer simultanément deux activités qui, comme le martèlent à loisir les deux frères toulonnais, n’ont rien d’illégales.