La RATP va ouvrir une école de musique à Châtelet – Les Halles

Soucieuse d’améliorer le confort de ses usagers, la Régie parisienne ouvrira prochainement une école de musique dont la fréquentation sera obligatoire pour toute personne souhaitant chanter ou jouer d’un instrument dans les rames ou couloirs du métro. La « RATP Music School » (nom provisoire) délivrera un diplôme, ainsi qu’un badge de « Musicien Urbain Itinérant », qui seront désormais requis pour pouvoir se produire légalement dans les sous-sols parisiens.

L’image de Paris en jeu

« Paris est un film, la musique du métro sa bande originale. » formulait avec justesse l’illustre et si parisien Honoré de Balzac, tant les mélodies qu’égrènent ces musiciens de l’éphémère, rythmées par les basses sourdes et profondes des grondements du métro, imprègnent l’âme romantique de la plus belle ville du monde. Et pourtant, ce “film” pourrait rapidement tourner au drame, voire à l’horreur, si l’on en croit une étude statistique réalisée pour la Mairie de Paris par la société de sondage “Paris Pulse”. D’après cette dernière, les 2088 sondés, usagers du réseau RATP, auraient jugé les performances musicales entendues dans les rames ou couloirs de métro en 2013 comme « Légèrement irritantes » en moyenne (46.3 points sur 100). En 2003, ces mêmes interprétations étaient perçues comme « Plutôt agréables » (64.4 points sur 100). Pire : les 231 touristes d’origine asiatique interrogés lors du dernier sondage ont quant à eux qualifié ces petits concerts éphémère de « Franchement désagréables » (32.1 points sur 100).

En réponse à la grave dégradation de l’ambiance sonore sur son réseau, nuisible à l’image même de Paris (et donc à celle de la France entière), la RATP inaugurera, dès  janvier 2015, sa première école de musique dans la gare de Châtelet – Les Halles. Accordéon, guitare, clavier ou encore flûte de pan feront partie des instruments enseignés par une équipe composée d’un trentaine de professeurs multilingues, actuellement en cours de formation par la RATP. Des cours de mise à niveau seront dispensés gratuitement à toute personne désirant se produire publiquement dans les locaux, trains, tramways et bus sous la houlette du réseau. Un examen obligatoire devant un jury de musiciens professionnels donnera lieu à l’octroi d’un « permis permanent de pratique musicale urbaine et itinérante », valable dans la région parisienne ainsi que dans toutes les villes de France qui désireront mettre ce système en place. Le permis pourra être délivré sans qu’il soit nécessaire de suivre des cours, aux musiciens dont le niveau sera estimé comme suffisant.

« Nous voulons un Paris à la Amélie Poulain […] »

« Il ne s’agit pas d’empêcher les musiciens de pratiquer leur art librement comme on a pu l’entendre ça et là; bien au contraire même, puisqu’une fois passé ce petit examen, chaque artiste de métro bénéficiera d’une crédibilité rassurante, officialisée par un badge visible de tous » déclarait le porte-parole de la RATP, Lucas Ténère, à nos confrères de l’AFP, insistant également sur la gratuité du service : « L’école sera financée en partie par la mairie de Paris, et par une augmentation de 10 centimes d’euros du tarif des titres de transport à usage unique. Nous proposerons également un service de réparation, d’accordage et d’entretien des instruments de musique, toujours dans cette même optique d’offrir à nos usagers la meilleure expérience auditive possible lors de leurs trajets quotidien ou ponctuels. Nous voulons un Paris à la Amélie Poulain, pas un Paris cacophonique » confiait-t-il.

Et les principaux concernés, qu’en pensent-ils ? Les avis semblent partagés, à l’image de ces deux témoignages recueillis sur les quais de la gare Châtelet – Les Halles, qui hébergera la future école de musique. Pour Hugo, 21 ans, apprenti violoniste en 2ème cycle au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, qui peaufine sa technique dans les couloirs du métro pour le plus grand plaisir des voyageurs « C’est une super initiative, je pense même que ça pourra pousser de vrais musiciens à tenter l’expérience, à s’exposer au plus dur de tous les publics : les usagers blasés du tromé ! Jouer devant eux est pour moi la meilleure école, plus sévère et intransigeante que le conservatoire ».

Autre son de cloche pour Wlodek, un sans domicile fixe polonais de 50 ans environs, qui vit depuis 7 ans de son instrument : l’accordéon. « Je n’ai jamais eu permis dans ma vie et j’ai toujours fait ce que je voulu, ça va pas commencer aujourd’hui. Je n’ai jamais appris accordéon, ça va pas commencer aujourd’hui non plus » lance-t-il, avant de se lancer dans une interprétation très personnelle de “Mon amant de Saint-Jean”.