Une fonctionnaire craque et retourne faire une pause avec ses collègues

Les  initiatives les plus louables présentent parfois des désagréments insoupçonnés. Ainsi, l’expérimentation “10%  télé-travail” initiée par le Conseil Général du Nord pourrait bien tourner court prématurément, un certain nombre de fonctionnaires se trouvant privés d’un contact humain visiblement essentiel.

Brigitte Mouguon-Racquart, 50 ans, Chargée de Développement Qualité Gestion de Secteur témoigne : “D’habitude la journée commence autour d’un café, on papote, on rigole et on commence le boulot de bonne humeur. Mais depuis que la direction m’impose des journées à la maison c’est plus la même chose… C’est sûr, je tchate (discuter via Internet, ndlr) avec les collègues mais c’est pas pareil, je reste devant mon écran, j’ai mal au dos, à la tête et j’ai les jambes qui gonflent”.

Quelques jours seulement après le début de l’expérience, Brigitte, qui vit seule dans un immeuble de banlieue, craque et rejoint peu après sa pause déjeuner son lieu de travail habituel : “Quand je suis arrivé, presque tous mes collègues étaient déjà partis, j’avais vu personne dans la journée, j’avais les larmes qui montaient, heureusement Michèle et Magali étaient toujours à la machine à café”.

Les premiers retours de l’expérimentation, qui concernent actuellement une centaine d’employés inquiètent : “Ils se plaignent de migraines dûes à de trop longues périodes d’expositions à leurs écrans” explique le chargé de cette première étude à grande échelle “Le rapport entre la station debout et la station assise qui était selon nos estimations de 75% contre 25% s’est complètement inversé et nos employés peuvent passer désormais jusqu’à 4 heures 30 par jour assis devant un écran”.

L’initiative du Conseil Général pourrait tout de même se voir prolongée, voire généralisée à d’autres services car, si impopulaire qu’elle semble être dans les rangs des travailleurs, la direction, quant à elle, se réjouit de la remarquable hausse de la productivité attribuable à la mesure, le N.D.J. (nombre de dossiers moyen traités par employé en un jour) des fonctionnaires concernés dépassant désormais parfois la barre de l’unité. “Les mauvaises langues parlaient de télé-glandage, nos statistiques les ont fait mentir” ironise le chargé d’étude avant de conclure sur une note d’humour : “Par contre, c’est vrai que chez nos fonctionnaires en télé-travail… la télé travaille !”.