Asie : Les inégalités salariales entre enfants et adultes au plus haut

A productivité égale, un adulte gagne aujourd’hui 3,6 fois le salaire d’un enfant en Asie. Une inégalité révoltante que vient de révéler un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). Sujet particulièrement tabou en Asie, la question du salaire des enfants n’avait jamais encore fait l’objet d’une étude chiffrée. Révélations.

Huang Xiaoming est ouvrier assembleur dans une usine de composants électroniques, à Nanjing, dans la province chinoise du Jiangsu. A 47 ans, celui que ses amis surnomment amicalement « Birdy Nem Nem » travaille directement sous les ordres d’un nouveau chef d’atelier, arrivé cette année : Cheng Shaozu, qui lui n’a que 7 ans et demi. Problème : Cheng, alors qu’il est hiérarchiquement supérieur à Huang, touche un salaire de 1650 yuans (bien inférieur au salaire moyen en Chine) alors que Huang lui, gagne plus de 5000 yuans, soit plus de trois fois plus que son chef. Loin d’être un cas isolé, cet exemple est au contraire représentatif d’une situation prédominante en Chine mais aussi au Vietnam ou au Cambodge.

« A 10 ans, un travailleur n’a que 4 ou 5 ans d’expérience professionnelle »

Pourtant, les choses pourraient bientôt évoluer. Initiés par la “V.Y.A.W.” (« Vely Young Asian Workers Organisation »), des mouvements de contestation éclatent désormais régulièrement dans les grandes capitales asiatiques, où des dizaines de milliers d’enfants en grève déferlent dans les rues en criant,pleurant ou boudant, paralysant ainsi des centaines d’usines. Leur revendication principale est simple : l’égalité des salaires : « On travaille beaucoup, comme les grands, c’est pas juste si on a pas le même argent. Et puis en plus, souvent nous on travaille mieux. Les adultes ils sont lents, nous on va super vite » résume Xiang Yun Li, une fillette de 8 ans et demi, Regional Quality Manager dans une grande entreprise pétro-chimique.

Yao Beng est enrouleur senior dans un atelier d’enroulage de fils d’écouteurs; Du haut de ses 24 ans, il estime normale cette différence de salaire enfants/adultes : « A 10 ans, un travailleur n’a que 4 ou 5 ans d’expérience professionnelle et c’est très peu. Il aura peut-être l’avantage de la rapidité, mais il commettra plus d’erreurs et puis sera moins résistant dans les “coups de bourre”. Je trouve normal que le salaire valorise l’expérience plutôt que la productivité pure. Cela fait bientôt 20 ans que je bosse, j’estime avoir droit à un peu de reconnaissance ! ».

75% de salaire en moins, des horaires de travail équivalents voire parfois supérieur à ceux des adultes, des pause goûter de 16 heures rarement respectées, des tenues de travail trop grandes et des repas peu adaptés : le rapport de l’UNICEF dépeint un tableau très noir du travail juvénile asiatique. Seul rayon de soleil à illuminer ce sombre rapport : contrairement aux Etats-Unis ou à l’Europe, il n’y a pas d’inégalités de salaires entre fillettes et petits garçons en Asie.