En survêtement et sans maquillage, son mari la prend pour une SDF

ROUEN, HAUTE-NORMANDIE – Il est 23 heures lorsque Vincent pousse la porte de son domicile. De retour d’un voyage d’affaires écourté, le commercial de 38 ans s’attend à trouver l’appartement inoccupé. Surpris et alarmé de découvrir la porte déverrouillée, il se saisit silencieusement de son fusil de chasse, rangé dans le placard de l’entrée. Récit.

Terrorisé, Vincent avance dans le noir, le doigt tremblant sur la gâchette de son semi-automatique de calibre 12. Persuadé que sa femme Vanessa séjourne encore chez ses parents à Angoulême, à 500 km de là, l’homme est convaincu qu’un cambrioleur s’est infiltré chez lui. Arrivé au bout du couloir, il entend des pas provenant de la cuisine : quelqu’un se rapproche de lui. La main droite sur son fusil, la main gauche sur l’interrupteur du salon, Vincent retient son souffle.

“La personne était au milieu du salon, elle ne m’avait pas vu. J’ai allumé la lumière” se souvient-t-il, traumatisé – “J’ai vu une espèce de vieille femme en guenille… elle tenait un objet noir braqué sur moi… j’ai eu peur.. je sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête… le coup est parti” explique l’homme, anéanti. Or, cette “vieille en guenille”, c’est Vanessa, sa femme. La secrétaire de direction de 39 ans s’effondre sur le sol, touchée au thorax et à l’abdomen.

Même si ses jours ne sont plus en danger, Vanessa devra passer plusieurs semaines au service soins intensifs de l’Hôpital de Rouen. Le commissaire Gilles Riboux, en charge de l’affaire, a pu recueillir son témoignage : “Elle s’est disputée avec ses parents puis est rentrée plus tôt à Rouen. Elle pensait être seule pour plusieurs jours, sans devoir sortir de l’appartement, elle n’a pas pensé à se maquiller comme elle le fait toujours.. elle portait un vieux survêtement, un t-shirt troué et son mari ne l’a pas reconnue, on peut le comprendre”.

“Elle est toujours très coquette, elle se maquille avant même que je me lève et revient dans le lit.. je ne l’avais jamais vu pas maquillée” sanglote Vincent, accablé par les remords “Je.. je savais pas que ça faisait autant de différence ! D’habitude elle a l’air d’avoir 25 ans, et là, j’avais une femme de 50 ou 60 ans devant les yeux… Le pire c’est que je crois pas que je pourrai rester avec elle… maintenant que je l’ai vue comme ça”.

Ayant plaidé la légitime défense, Vincent sera probablement acquitté selon son avocat Maître Bartolozzi : “Certes, son épouse n’était pas vraiment armée puisqu’il s’agissait d’un sex-toy, mais mon client a été abusé par la forme oblongue et la couleur noire de l’objet qui évoque une arme, d’assez gros calibre d’ailleurs. J’ai conseillé à la femme de mon client d’attaquer L’Oréal plutôt que son mari mais elle ne veut rien entendre”. En cas de défaite, l’avocat a déjà prévu de faire appel et tentera de faire inculper Vanessa pour escroquerie et “tromperie sur la marchandise”.