Histoire de l’invention du labyrinthe

Le labyrinthe est une structure dont la conformation rend difficile à ceux qui y entrent de trouver la sortie. Il s’agit d’un chemin complexe dans lequel il est extrêmement difficile de s’orienter. Dans l’Antiquité, le labyrinthe était généralement un labyrinthe unicrulaire, également appelé labyrinthe classique, c’est-à-dire qu’il consistait en un seul chemin, auquel on accédait par une seule entrée et qui menait à son centre, où se trouvait la sortie après avoir fait marche arrière. De nos jours, cependant, le labyrinthe est presque toujours compris comme un labyrinthe pluridisciplinaire, dans lequel vous pouvez atteindre le centre, et la sortie, en suivant plus d’une route, en passant par des fourches et des impasses.

Le labyrinthe de Cnossos

La mythologie grecque raconte que le premier labyrinthe fut celui construit par le roi Minos sur l’île de Crète, près du palais royal de Cnossos, pour emprisonner le Minotaure, son beau-fils, un être monstrueux né de l’union de la femme de Minos, Pasifae, avec un taureau blanc, envoyé en cadeau au roi par Poséidon, dieu de la mer. Minos aurait dû sacrifier le taureau en l’honneur de Poséidon, mais il ne l’a pas fait. Poséidon, pour le punir, fit naître le Minotaure, mi-homme, mi-taureau. A ce moment, Minos ordonne à Dédale, l’architecte de la cour, de concevoir et de construire une construction à laquelle il est impossible d’échapper. La construction comportait de nombreuses pièces et galeries, des chemins complexes qui créaient la confusion chez ceux qui les traversaient. Construit en Crète à partir de 1 700 ans avant notre ère environ, le palais de Cnossos avec ses innombrables pièces entrelacées, est certainement le Labyrinthe que la mythologie attribue au Minotaure. Mais que se cache-t-il réellement derrière la légende du Minotaure ? Le palais de Cnossos était-il vraiment un palais ? Selon les légendes, Minos est un des trois fils nés de l’union de Zeus, roi des dieux, et d’Europe qui est une fort jolie princesse de Tyr. Minos reçoit le trône de Crète et écarte rapidement ses frères. Ce roi, très désireux de se présenter à son peuple comme ayant la faveur des Dieux, demande à Poséidon de lui donner un protecteur de l’île, un grand taureau capable de courir d’un bout à l’autre assez rapide. Poséidon accepte, mais en contrepartie, Minos doit lui sacrifier le premier taureau qu’il croise lors de sa prochaine sortie. Ce premier taureau se révèle être un taureau blanc, fort bien bâti, et qu’au final Minos préfère garder pour ses troupeaux comme étalon. Il sacrifie donc un autre animal. Quelques temps après, Poséidon découvre la supercherie, se fâche et veut punir Minos. Il fait enrager le taureau protecteur, qui dévaste la bordure de l’île, et de surcroît fait tomber la femme de Minos complètement amoureuse du taureau blanc. Afin de pouvoir consommer cet amour avec le taureau, elle demande à Dédale, architecte du palais, de lui construire une machine en forme de vache dans laquelle elle puisse prendre place pour l’union. De cette affaire, naît une créature mi homme, mi bête : Le minotaure. 

Cnossos ou Knossos 

Cnossos ou Knossos est un site archéologique crétois de l’âge du bronze en Europe, situé à 5 km au sud-est d’Héraklion, à l’ouest du fleuve Kairatos. Son aspect et sa taille en font un endroit capable de recevoir un demi-million de visiteurs par an. Un projet de restructuration a été annoncé par les autorités archéologiques grecques en juillet 2012. La chronologie précise de l’histoire minoenne demeure un peu incertaine ; de grandes tendances se distinguent. Arthur Evans a divisé l’âge du bronze en Crète en trois périodes : le Minoen ancien  ou Pré-palatial. Le Minoen moyen ou Proto-palatial et enfin, Minoen récent ou Néo-palatial. Avec les découvertes successives, chacune de ces périodes a elle-même été divisée en trois périodes, au moyen de chiffres romains, elles-mêmes divisées en deux sous-périodes. Le site de Cnossos est peuplé depuis le VIIIe millénaire av. J.-C., peu après l’arrivée des premiers colons sur l’île de Crète. Au cours du IIIe millénaire, correspondant au MA, les constructions en pierre se multiplient. On retrouve les traces d’un grand bâtiment construit, sans doute précurseur du Vieux Palais, construit à partir de 1900. C’est ce qu’on appelle la phase archéopalatiale. Ce Vieux ou Premier Palais s’étendait autour d’une cour centrale. L’organisation de bâtiments autour d’une cour centrale est une constante du système palatial minoen, excepté à Phaistos, où il semble que la place manquait. La construction d’un palais semble résulter de la nécessité d’organiser la cité, après son expansion au cours des siècles précédents. Les constructions se répartissent autour de la cour centrale en aile ouest, nord et est. Le Vieux Palais est détruit vers 1800-1700 par plusieurs séismes, fréquents en Crète. Les reconstructions au cours du XVIIe siècle marquent le début de la construction du Nouveau Palais. Cette construction se poursuit graduellement jusqu’à sa destruction vers 1350. Le palais de Cnossos semble avoir été le centre politico-culturel de l’influence minoenne sur la Crète et les îles de la mer Égée, influence perceptible jusqu’en Égypte ou en Syrie. L’éruption minoenne vers 1628, si elle ne signifie pas la disparition de la civilisation minoenne comme l’a suggéré Spyridon Marinatos, semble toutefois marquer le début du déclin de la puissance minoenne. Le raz-de-marée provoqué par l’éruption (trois vagues au moins d’une vingtaine de mètres de haut) a en effet détruit plusieurs ports de la côte nord de la Crète, comme Amnisos, considéré comme le port de Cnossos, une flotte minoenne et a dû probablement saliniser durablement les terres touchées. Cependant, le palais de Cnossos ainsi qu’une grande partie de l’île ne sont pas touchés par le raz-de-marée, ce qui a permis à la Crète de retrouver un certain éclat jusqu’aux destructions de tous les palais, excepté Cnossos, vers 1500-1450. Peu après, l’île semble avoir été conquise par les Mycéniens. Le palais de Cnossos est ensuite détruit dans la seconde moitié du XIVe siècle. Le site est réoccupé dans les siècles suivants, mais jamais Cnossos ne retrouve son influence.

Les labyrinthes modernes

Le labyrinthe moderne est souvent représenté par un jardin aux allées complexes et sinueuses, bordées de hautes haies épaisses qui empêchent la vue au-delà du chemin que l’on parcourt. Les labyrinthes végétaux, suggestifs et pleins de charme, deviennent un lieu de divertissement où il est amusant de se perdre. Parmi les labyrinthes modernes les plus célèbres, on peut citer celui du jeu vidéo Pac-Man ou celui du roman pour enfants et de son film “Harry Potter et la coupe de feu”. 

Le mythe du labyrinthe 

Le mythe du labyrinthe est l’un des mythes les plus lus et étudiés dans l’histoire des hommes. Au cours des différentes époques, il a été investi de plusieurs fonctions et significations, à caractère architectural, ornemental, symbolique ou spirituel. De nos jours, le labyrinthe, en tant qu’élément fondateur du récit mythique, c’est-à-dire en tant que récit d’événements fabuleux qui fonde l’identité sociale et culturelle d’un peuple, a laissé la place au mythe de l’image symbolique du labyrinthe. En effet, quand on parle communément de labyrinthe, on n’évoque plus l’histoire de Thésée et du Minotaure, d’Ariane ou de Minos, mais on fait référence quasi exclusivement aux sens figurés que ce mot a acquis. Même dans les domaines linguistique et littéraire le terme a perdu sa signification mythologique et religieuse originelle. À cause de l’extension de son emploi à d’autres réalités, comme le domaine médical et la dimension ludique, outre les dimensions philosophique, artistique, littéraire et religieuse, il a été dépourvu, dans la plupart des cas, de toute valeur sacrée et contemplative, pour désigner plus simplement une image, celle qui représente métaphoriquement une réalité individuelle, sociale ou culturelle, perçue de plus en plus comme complexe et difficile. Or, c’est dans ce contexte que le mythe a été repris par Eco, revisité de différentes façons et réécrit dans plusieurs ouvrages selon des significations précises. Tout cela témoigne de la fécondité et de l’actualité d’un mythe qui, dans le cas spécifique de l’œuvre d’Umberto Eco, se prête à bon nombre d’emplois, d’un point de vue aussi bien théorique que narratif. C’est pourquoi on se propose d’illustrer les nombreuses facettes selon lesquelles le mythe du labyrinthe se présente dans ses écrits, en relation avec le sens des différentes opérations menées par cet auteur. Ainsi, notre étude commencera par une brève explication de la fortune du mythe au fil des siècles, afin de comprendre pourquoi il est devenu un des symboles les plus employés pour représenter la réalité contemporaine. Parallèlement à cette analyse, on montre comment le sujet se situe à l’intérieur de la réflexion théorique et narrative de l’auteur. On poursuivra par l’illustration des trois types de labyrinthe proposés par Eco, des significations et des visions du monde qu’ils recèlent. Ensuite, on passera en revue la réécriture du mythe opérée par Eco sous forme narrative. On analysera, en particulier, l’extraordinaire polysémie qui se cache derrière l’image du labyrinthe, chargée d’illustrer, entre autres, un modèle d’organisation de la connaissance, un schéma de représentation de la réalité, une allégorie du monde contemporain et la représentation symbolique d’un parcours de recherche et de connaissance dans Le nom de la rose en 1980. Il est opportun de préciser, dès le début, que l’opération menée par Eco ne consiste pas, à proprement parler, dans la réécriture du mythe, en une réélaboration de la source mythique constituée par le labyrinthe, comme c’est le cas, par exemple, chez Borges. Cette opération doit être entendue plutôt comme une recontextualisation, voire une réactualisation de son image, pas seulement dans ses aspects strictement mythologiques, mais aussi dans ses applications pragmatiques et cognitives, outre ses implications symboliques et métaphoriques.