Toulouse : Un ex-agent immobilier invente le “micro-placement”

En ces temps de crise de la pierre, il ne fait pas bon être agent immobilier. Entre fermetures d’agences, concurrence des sites internet spécialisés et baisses des transactions, certains agents attendent passivement une fin inexorable. Ce n’est pas le cas de ce Toulousain de 33 ans qui a su, avant tout le monde, ré-inventer son métier. L’interview après l’illustration.

Bruno (le prénom a été changé), l’inventeur du “micro-placement”, a bien voulu répondre à nos questions :

CdE : Pouvez-vous nous expliquer le concept du micro-placement ?

Bruno : J’optimise l’allocation spatiale de la demande, face à une offre intrinsèquement limitée. A l’instar du micro-crédit dans le domaine bancaire, je mise sur une paupérisation de la population et la raréfaction des ressources.

CdE : Comment vous est venu cette idée ?

Bruno : Au chômage depuis la fermeture de mon agence, j’ai eu l’occasion de passer beaucoup de temps dans ces établissements. Sans m’en rendre compte, j’ai réalisé une étude de marché très instructive : les gens qui arrivent aux heures de pointe ont beaucoup de mal à trouver une place; J’ai décelé un réel besoin, un vrai marché, bien plus dynamique que celui de l’immobilier.

CdE : Vos compétences d’agent immobilier vous sont-elles utiles dans ce nouveau métier ?

Bruno : Bien sûr ! Mon métier reste fondamentalement le même : je vend des informations que les gens pourraient trouver eux-même facilement en exploitant l’avantage du “premier arrivé” et en étant commercialement agressif.

CdE : Le client n’a donc rien à gagner à faire appel à vos services ?

Bruno : Si, heureusement, il s’agit de la personnalisation. Au moment où arrivent les clients, si j’ai plusieurs biens de disponibles, j’effectue un rapide “profiling” pour déterminer quelle table ou tabourets correspondraient le plus à leur personnalité.

CdE : Pouvez-vous nous donner un ou deux exemples ?

Bruno : La semaine dernière j’ai placé un jeune couple sans enfant : Coquette table, en terrasse, orientation sud/sud-est très lumineuse. Ils avaient l’air d’être en début de relation alors j’ai privilégié un voisinage plutôt calme, loin des grandes tables d’étudiant. Ils étaient ravis.

CdE : Quel est votre business model ?

Bruno : Le même que dans mon ancien métier, en plus simple. J’ai deux formules : un tarif fixe, qui dépend de la localisation du bien (une table de 8 en terrasse avec accès facile aux commodités par une grande allée centrale est beaucoup plus chère qu’un tabouret au bar avec vis-à-vis sur les  toilettes) ou alors une commission que je prend sur les transactions entre le client et le bar.

CdE : Pour terminer, comment envisagez-vous l’avenir ?

Bruno : Pour le moment ça va… Je jouis d’une situation de monopole qui me permet de fixer librement mes tarifs. Mais je ne suis pas dupe, je sais que la concurrence arrivera, mais je m’adapterai, j’aurai toujours quelque-chose à vendre.