Addiction au Nutella : Les ravages d’une drogue dure en vente libre

Isolement social, prise de poids, crises de manque, agressivité : voici quelques-uns des symptômes de l’addiction au Nutella. Une dépendance qui touche près d’un million de français(es) et qui, dans les cas les plus aigus, peut pousser les “accros” jusqu’au délit. Vols en supermarchés, voire braquages de fourgons Ferrero : les “nut junkies”, ou “écureuils” comme les appellent les addictologues, ne reculent devant rien pour obtenir leur dose. Rencontre.

Des salles de “shoot”

Didier est auxiliaire de vie scolaire dans un lycée de la banlieue Bordelaise. Depuis six mois, en plus de ses fonctions normales d’assistance et de soutien, il gère la “salle de shoot” du lycée. En toute discrétion il accueille les élèves en manque et leur fournit leur dose de Nutella : “Vous n’imaginez pas dans quel état sont certaines lycéennes quand elles n’ont pas eu leur dose !” s’exclame Didier en préparant une tartine : “Les parents décident d’un coup de ne plus en acheter, sans se rendre compte de la dépendance créée pendant des années, et là, le corps ne suit plus” explique-t-il en surveillant du coin de l’œil une lycéenne blanchâtre.

Un sevrage similaire à l’héroïne

Brigitte Lecordier, addictologue Lyonnaise spécialisée dans l’addiction alimentaire, est devenue experte de la dépendance à la nutéline, le composant psychotrope du Nutella. Selon la spécialiste, la dépendance arrive tardivement mais le sevrage, lui, est très difficile. Il est donc primordial d’agir rapidement, avant que la dépendance ne soit trop avancée : “La question que je pose à mes patients est : à quelle heure prenez-vous votre première dose, et la prenez-vous pure ? Un patient qui consomme le produit coupé, avec un support de type pain ou madeleine à l’heure du goûter peut être sauvé. Celui qui le consomme pur dès le réveil est à déjà à un stade critique… aussi difficile à soigner, d’après mon expérience, que l’addiction à l’héroïne”.

“Je pensais que je pouvais arrêter quand je voulais”

Sandrine n’a rien vu venir. Un jour étudiante épanouie et brillante, promise à un avenir radieux, elle se considère aujourd’hui comme “une pauvre loque sans avenir”. Tout commence par la découverte du produit, par hasard, chez une “amie” : “Elle m’a dit Tu devrais essayer, c’est trop bon et comme une conne je me suis laissée tenter” se souvient-elle avec rage – “Au début, j’étais à un pot par semaine, je me sentais bien, je pensais que je pouvais arrêter quand je voulais.. puis ma conso a vite augmenté.. 1 pot.. 2 pots pas jour”. Bientôt, Sandrine ne peut plus suivre financièrement. Elle arrête ses études et trouve un “petit boulot” dans la restauration : “Ça payait pas assez, j’ai été obligée d’aller plus loin” avoue-t-elle, en larmes – “En vendant mon corps j’avais de quoi me payer tout ce que je voulais, ça marchait bien, surtout au début avant que je prenne tout ce poids…mais même avec tout cet argent, je pourrai jamais racheter ma dignité”.

Des patchs, pour bientôt ?

Du côté des autorités sanitaires, le problème reste largement ignoré. Combien de vies détruites faudra-t-il pour que des mesures soient prises ? Brigitte Lecordier veut garder espoir “Il existe aujourd’hui à l’état expérimental des patchs qui aident au sevrage, ils sont encore chers mais s’ils venaient à être remboursés par la sécurité sociale, je pense qu’on pourrait encore sauver beaucoup de gens”.